Une bouteille à la mer

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J’ai été plutôt absente ces derniers temps, mais  ce qui est arrivé a chamboulé notre quotidien à tous. 10 jours. C’est le temps qu’il m’a fallu laisser passer pour prendre un peu de recul  et prendre la plume digitale.

Je fais ici un petit aparté, je délaisse temporairement mes récits de voyage que je trouvais peu pertinents, sinon indélicats et même quelque peu dérisoires.  Non pas que l’envie de voyager s’en est allée avec cette tragédie, au contraire. Mais un temps pour tout.

Tout le monde a quelque chose à dire sur le drame du 13 novembre, et c’est bien normal. Loin de moi l’idée d’imposer mon opinion ou de convaincre les foules, j’ai simplement envie d’en parler.

 

Ce vendredi 13 novembre je partais pour un weekend à Bruxelles.

21h, Gare du Nord. Dans le train, une Bruxelloise, prof de temps à autre à la Sorbonne, s’extasie de voir autant de nationalités différentes dans son cours sur le climat : Russes, Allemands, Américains, Chinois, Français bien sur… Elle vient de diner en terrasse avec des amis, pour profiter un peu plus de cette douceur de vivre propre à Paris. Elle raconte tout ça à sa voisine de siège, une parfaite inconnue, et je suis touchée par cette conversation simple, légère et sincère. Je me serais bien immiscée dans la conversation, mais ladite voisine s’en va au bar rejoindre son ami pour fêter le début du weekend. Comment aurait-on pu imaginer.

22h30, arrivée à Bruxelles. Nous sommes accueillis par la télé grand allumée et une chaîne d’info continue. Un peu surprise, j’aperçois le titre Attentats en rouge, mais je ne comprends pas. Nos amis nous confirment qu’il y a eu des attentats dans la capitale, mais la confusion règne encore et chez moi, ça ne percute pas. Je me mets à jouer avec les deux adorables chatons. Mais petit à petit, on atterrit, on ingère le flot de paroles surréalistes, on réalise ce qui est en train d’arriver. Les sentiments par lesquels je suis passée sont indescriptibles et en même temps évidents : incompréhension, horreur, tristesse infinie, colère, une impuissance déconcertante… je vous passe la litanie de mes émotions, elles sont malheureusement universelles, et n’ont été que trop partagées ce soir-là.

23h30. Malgré l’indicible, nous sortons rejoindre le reste de nos amis et allons boire une bière. Pour penser à autre chose. Impossible. Ces lieux, à nous Parisiens de cœur, d’adoption, Parisiens tout court, nous parlent : un QG de samedi soir, un petit restaurant de quartier, un concert auquel on aurait pu assister… Nous connaissons tous quelqu’un, quelqu’un qui était trop fatigué pour sortir, quelqu’un qui a finalement commandé à emporter… quelqu’un qui connait quelqu’un…

Le soir, tard, les interrogations tournent en boucle dans ma tête. Les si refont surface.

 
Et si ?
Cette question sans réponse, cette hypothèse cruelle, résonne amèrement dans toutes les têtes. Et si j’avais finalement décidé d’aller à ce concert ? Et si j’avais pu arriver à temps ? Et si je savais quoi faire maintenant ?

Avec des si, on mettrait Paris en bouteille, dit-on. Fluctuat Nec Mergitur. Même en bouteille, Paris flotte mais ne coule pas. Nous tanguons, mais nous ne sombrerons pas dans leurs abimes.

Alors moi aussi, je lance ma bouteille à la mer, ces quelques mots perdus dans un océan de larmes, qui parviendront peut-être jusqu’à vous.

Dans cette bouteille, je ne fais pas de discours politique ni d’envolées lyriques, j‘écris dans le vide, égoïstement, parce que j’ai besoin de figer les mots, me raccrocher à quelque chose de concret.

Dans cette bouteille, j’y ai écrit, avec toute mon âme, que nous arriverons un jour à nous unir, au-delà des différences, des velléités politiques, des intérêts économiques, et nous battre pour un monde libre et en paix. Une vision idéaliste ? Soit, j’essayerai donc de vivre avec ce doux mensonge, j’essayerai de me persuader que c’est possible.  Comme un génie dans sa lampe, cette lettre dans sa bouteille est un vœu pieux qui n’attend qu’à être réalisé.

J’ai aussi une pensée pour tous ceux qui ont vécu l’enfer de celui qui se dit « État ». N’oublions pas ces pays.

Ce qu’il nous reste à faire désormais, c’est honorer les victimes, c’est vivre à 100 à l’heure. Don’t stop me now, disait Freddie Mercury. Le sport, la culture, la musique, la joie de vivre, le partage. Décuplons tout. « Il va falloir être résistant », peut-on lire partout dans le métro parisien. Ironie du sort, cette punchline pour une série française résonne autrement plus fort aujourd’hui.

Espérons des vendredis 13 qui apportent joie et bonheur. Conjurons le sort. Lançons tous nos bouteilles à la mer, peut-être que quelqu’un nous entendra.

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Un commentaire

  1. Merci Marion pour ces belles pensées.
    L’idéalisme et un peu d’innocence, ça peut nous aider à surmonter tout ça…
    S’estimer reconnaissant d’être en vie, reconnaissant envers tout ceux à qui les attentats, les guerres et autres atrocités prennent la vie chaque jour.
    Plus concrètement, j’espère qu’un jour nous pourrons tous aspirer à un monde dirigé par des instances plus justes et moins corrompus par l’argent, le pouvoir et la peur. Car plus on creuse dans l’Histoire, plus on comprend que les schémas « d’État d’urgence », de sécurité absolue et de guerre ne résolvent pas, sinon accentuent encore plus la haine et la mort.
    Nous avons tant à faire et pourtant les politiques remuent toujours la même sauce…
    Bref, je devie !
    Merci encore pour ces mots 🙂

    Aimé par 1 personne

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